José Ramón Larraz Gil dit parfois Gil, Dan Daubeney, Watman ou Joseph Braunstein, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, auteur de roman-photo, photographe de mode et réalisateur espagnol, né le 7 février 1929 à Barcelone et mort le 3 septembre 2013 à Malaga. Il a travaillé en Espagne, en France, en Belgique et en Angleterre. Dans les pays francophones, il est surtout connu pour deux œuvres : « Paul Foran », une série de bandes dessinées publiée dans Spirou entre 1968 et 1978, et Vampyres, un film qu’il a réalisé en Angleterre en 1974 et qui a fait de lui, aux yeux des amateurs, « un petit maître de l’horreur moderne ». Bien que sélectionné en Compétition au Festival de Cannes en 1974, son film « Les Symptômes » est sorti en salles dans l’indifférence et n’a été redécouvert qu’une trentaine d’années plus tard. Larraz est le seul cinéaste cantonné dans le « cinéma bis » dont un film a concouru à Cannes pour la Palme d’or. À la fin de l’adolescence, José Ramón Larraz entre en possession d’un appareil photographique : « J’ai pris des photos d’animaux du zoo, racontera-t-il plus tard, des amis, des filles, et progressivement des filles habillées, moins habillées, puis déshabillées. » Pour subvenir aux besoins de sa famille après la mort de son père en 1946, il interrompt ses études de philosophie et se consacre à la bande dessinée. Il dessine d’après des photographies prises par lui-même ou par d’autres. Il débute en 1951 pour les éditions Clíper : il remplace le dessinateur Francisco Batet sur la série « El Coyote », une imitation de Zorro, et crée, entre autres, les séries « Ray Walker », V »ivian, Pecas, Janet y Pipa » (« une bande de jeunes filles débrouillardes visitant les plateaux de tournage de cinéma, rencontrant les stars et starlettes de l’époque ») et « Duncan Foster ». À la demande de la MGM, il dessine également une adaptation en BD de « Quo vadis » pour accompagner la sortie espagnole du film (elle aura lieu en février 1954, plus de deux ans après la sortie aux États-Unis).
Grâce à cette commande de la MGM, Larraz gagne suffisamment d’argent pour quitter l’Espagne et s’installer à Paris en 1953. « Je suis parti pour des raisons politiques et également à cause de la censure très importante qui régnait alors en Espagne », dira-t-il plus tard. Il n’était par exemple pas possible de dessiner une femme avec une belle poitrine ! Les bandes dessinées ne devaient mettre en scène que des hommes ou bien des femmes plates avec des jupes descendant jusqu’aux chevilles ! »
À Paris, Larraz travaille pour Marijac (qui le publie dans Mireille et Coq hardi), puis pour Paul Winkler. Larraz peut faire ce que la censure espagnole lui interdisait : accorder des rôles importants aux personnages féminins et les dessiner sans avoir à les vêtir jusqu’aux chevilles.
À cette époque, Larraz réalise aussi des bandes dessinées en pleines pages pour Le Journal de Mickey puis il passe au roman-photo. Sa famille quitte la France et s’installe en Belgique en 1962. Larraz est désormais photographe de mode. Il rencontre l’écrivain Thomas Owen dont il devient l’ami. En 1966, il participe au tournage en Espagne de « Quatre dollars de vengeance », un western réalisé par Jaime Jesús Balcázar. La participation de Larraz à l’hebdomadaire Spirou aura aussi marqué les lecteurs pour une raison plus anecdotique : c’est lui qui en 1967 offre à Charles Dupuis « Pinky, le lionceau » dont la garde est confiée au rédacteur en chef Yvan Delporte. Pinky a servi de modèle à Larraz pour dessiner l’animal qui accompagne le jeune héros de la série Michaël. Devenu le lionceau du journal, il fait l’objet de reportages plus ou moins fantaisistes rédigés par Delporte et apparaît dans des planches de Gaston la Gaffe. A partir de 1969 Ce qui intéresse Larraz, ce n’est plus la BD mais le cinéma.
Il trouve une opportunité en Angleterre pour réaliser un film érotique à petit budget et déménage à Londres en 1969. « L’Enfer de l’érotisme », son premier film, est un thriller dans le milieu de la photographie de mode. Le « petit succès » qu’il rencontre permet à Larraz d’embrasser, à l’âge de quarante ans et en autodidacte, « une nouvelle carrière ». Devenu cinéaste, il tourne un autre thriller érotique en Angleterre, « Déviation sexuelle », puis, en 1972, « La muerta incierta » et « Emma, puertas oscuras », deux productions espagnoles filmées en partie dans les studios Balcázar à Barcelone.
Au milieu des années 1970, le film d’horreur britannique est en crise. Larraz se tourne à nouveau vers la bande dessinée : il écrit et dessine quelques récits d’aventure publiés en 1975 dans Tintin ainsi qu’une série fantastique qui débute la même année dans Spirou sous le titre « Les Compagnons du fantastique » et qui sera rebaptisée ensuite « Kim Norton ». Il reprend également Paul Foran pour le dixième et dernier épisode et écrit le scénario d’ »Arsat », une série d’aventures fantastiques dessinée tantôt par Antonio Deu, tantôt par Antonio Solé Sanz. Après onze films, Larraz se consacre à un projet plus prestigieux et doté d’un budget conséquent : une mini-série en six épisodes sur la vie du peintre Goya. Les épisodes sont bien accueillis lors de leur diffusion sur TVE44, mais Larraz ne bifurque pas vraiment vers la télévision (il ne fera pas d’autre téléfilm avant une mini-série en deux épisodes en 2002 sur la vie du poète Miguel Hernández). À partir de 1987, sous l’impulsion des producteurs José Frade (qui avait produit cinq de ses comédies et films érotiques espagnols) et Brian Smedley-Aston, il réalise trois films d’horreur conçus pour concurrencer les productions américaines. Ils ne rencontrent pas le succès auprès du public, ni auprès de la critique. Dans les années 2000, Larraz revient habiter en Espagne. Il écrit ses mémoires, ainsi que de la littérature fantastique.